Le bonheur n'est pas le but mais le moyen de la vie - (Paul Claudel)
Etrange phrase que celle-ci ! Ça complexité pourrait tenir à sa décontextualisation. Il n'est pas certain que nous ayons suffisamment d'indices pour en saisir le sens, mais le challenge est intéressant.
Habituellement, le bonheur est tenu pour être le but de toute action, or s'il n'est pas le but, que peut-il bien être ? Réponse de Claudel : « le moyen de la vie ». Soit, mais le moyen de la vie dans quel but ? Voilà la difficulté !
Un moyen, comme son nom l'indique n'est pas une fin en soi, un moyen est toujours un moyen terme vers autre chose que lui-même, un lieu de passage. Dès lors, le bonheur serait le moyen que la vie utiliserait, mais dans quel but ? Ne nous voilà pas plus avancés.
La citation peut s'éclairer si l'on se souvient que le poète est un fervent chrétien, voire, à sa façon, un apologiste du christianisme.
« Le moyen de la vie » est-il écrit ; mais de quelle vie s'agit-il ? Assurément de la vie d'ici-bas qui voit dans le bonheur comme un avant-goût de l'au-delà. Ainsi, le bonheur devient-il le vecteur d'une élévation, le garant d'une Pâque vers un ailleurs dont il ne serait que l'éclat, la promesse.
« Moyen » en ce qu'il n'est désiré que pour autant qu'il fait pousser des ailes sur le dos des humains, les angélise en leur dispensant un divin parfum et les prépare à l'indicible béatitude, car « Bonheur n'est pas béatitude » ; plus précisément, il pourrait être à la béatitude ce que la lumière est à Dieu...son ombre.
Thierry Aymès
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